Biodiversité au Maroc : patrimoine mondial et adaptation climatique

Le Maroc occupe une place singulière sur la carte mondiale de la biodiversité. Plus de 20 % des espèces végétales recensées sur son territoire sont endémiques : c’est-à-dire qu’elles n’existent nulle part ailleurs dans le monde. Le pays figure parmi les hotspots mondiaux de biodiversité et se classe au deuxième rang du bassin méditerranéen pour la richesse de sa flore, juste derrière la Turquie.

Ce statut change la portée de ce qui se joue sur un chantier. Comme le souligne Carey Duncan, architecte paysagiste exerçant au Maroc depuis plus de trente ans, perdre une plante sur un site, ce n’est pas seulement une perte pour le projet : c’est une perte pour le monde entier. Une espèce détruite localement disparaît potentiellement à l’échelle globale, sans recours possible.

Au-delà de l’enjeu patrimonial, cette flore présente une particularité décisive : elle est adaptée aux conditions extrêmes du climat marocain. Stress thermique, stress hydrique, sols pauvres, vents secs : les espèces indigènes ont évolué avec ces contraintes. Elles consomment peu d’eau, demandent peu d’entretien et résistent aux aléas climatiques que des essences importées ne supportent pas.

À mesure que les sécheresses s’allongent et que les records de température tombent, cet atout devient déterminant. Importer des végétaux des climats tropicaux ou tempérés sur un site marocain, c’est non seulement appauvrir la biodiversité locale, mais aussi alourdir la consommation d’eau et fragiliser la résilience du projet face aux étés à venir.

C’est ce double constat, patrimonial et climatique, qui justifie de regarder autrement la flore disponible localement. Selon Carey Duncan, la biodiversité cesse alors d’être un supplément esthétique pour devenir une « assurance survie » : une réponse aux contraintes que le changement climatique impose déjà aux villes et aux bâtiments marocains.

Concevoir avec la biodiversité locale, ce n’est donc pas seulement protéger un patrimoine mondial. C’est aussi miser sur les essences qui resteront viables quand les autres auront cédé.

Perdre une plante sur un site, ce n'est pas seulement une perte pour le projet, c'est une perte pour le monde entier