Au terme de ce dossier consacré à la biodiversité, un conseil revient avec insistance : arrêter d’importer.
Importer des modèles paysagers conçus pour d’autres latitudes conduit au Maroc à des aménagements qui consomment trop d’eau, exigent un entretien constant et n’entrent en relation avec rien de ce qui les entoure. Les essences ne reconnaissent pas le sol. La faune ne reconnaît pas les essences. L’ensemble fonctionne en autarcie, sans lien avec le vivant local, et finit par dépérir dès qu’on relâche l’irrigation ou les traitements.
Pour Carey Duncan, la réponse est souvent à portée de regard : observer ce qui pousse spontanément dans un rayon de dix kilomètres autour du site. Quelles espèces résistent à la sécheresse estivale ? Lesquelles supportent les vents secs, les sols pauvres, les variations de température ? Lesquelles attirent les pollinisateurs et abritent la faune locale ? La réponse à ces questions dessine la palette d’un aménagement viable, sans qu’il soit nécessaire de la chercher à l’autre bout du monde.
Ce principe vaut aussi pour les compétences. Les pépiniéristes marocains, les botanistes et les paysagistes installés depuis longtemps connaissent ce terrain et ses contraintes. Faire intervenir des spécialistes éloignés de ce contexte revient à se priver d’une part essentielle de l’information disponible, celle qui ne s’apprend qu’en pratiquant ce territoire.
Concevoir avec le proche n’est pas un repli. C’est une exigence de cohérence : aligner les choix paysagers sur les conditions réelles du site, et reconnaître que la durabilité d’un projet tient à sa capacité à dialoguer avec son environnement immédiat.
Ce volet conclut notre dossier consacré à la biodiversité dans la conception des bâtiments et des aménagements. De la définition aux idées reçues, du temps d’intégration aux indicateurs du retour du vivant, ces articles ont posé les bases d’une approche que nous continuerons à explorer. Nous remercions Carey Duncan d’avoir prêté son regard et son expérience à ce travail.
