Confort d’été : de quoi parle-t-on ?

Avec des vagues de chaleur plus intenses, plus longues et plus fréquentes, le confort d’été n’est plus une question secondaire. Nous lui consacrons un dossier thématique, à l’échelle des bâtiments et des territoires, construit autour d’un échange avec Zakaria Sadik, Directeur Général d’Alto Eko.

Le confort d’été, au-delà de la température

Réduire le confort d’été à la température de l’air, c’est passer à côté de l’essentiel. Explications en vidéo.

La température rayonnante des parois compte autant que celle de l’air : près d’un mur surchauffé, on ressent la chaleur même si l’air ambiant reste modéré. Une façade exposée au soleil une grande partie de la journée peut, selon Zakaria, atteindre 60 à 70°C. La couleur des surfaces entre aussi en jeu, les teintes sombres absorbant davantage le rayonnement.

La vitesse de l’air joue un rôle de dissipation. Une ventilation, naturelle ou mécanique, évacue la chaleur. L’humidité, enfin, rend la chaleur plus pénible à supporter.

Ces paramètres expliquent pourquoi, dans une médina ou dans un immeuble art déco de Casablanca ou de Rabat, il fait souvent plus frais en été que dans une construction récente. Leurs murs épais, à forte inertie, absorbent la chaleur au lieu de la laisser passer. Les bâtiments actuels font de plus en plus l’inverse : larges surfaces vitrées, matériaux et cloisons plus légers laissent entrer le rayonnement solaire, et la chaleur s’accumule à l’intérieur.

Un enjeu à intégrer dès l'esquisse

Pour Zakaria, l’intensification des vagues de chaleur impose de revoir la façon de concevoir, de réaliser et d’exploiter les ouvrages. Un bâtiment dessiné aujourd’hui et livré dans deux ou trois ans devra fonctionner pendant 50 à 60 ans, dans un climat qui continuera de se réchauffer. Les outils de simulation actuels permettent justement d’anticiper son comportement sur les décennies à venir.

La réflexion bioclimatique a donc sa place dès l’esquisse : prendre en compte le climat du site, ses pics de chaleur actuels et ceux à venir. Cette responsabilité est partagée. D’une part, la maîtrise d’œuvre porte la conception. D’autre part, le maître d’ouvrage, en tant que donneur d’ordre, doit y consacrer les moyens humains, techniques et financiers nécessaires, et accepter de valider des choix parfois audacieux, ou au contraire éprouvés par des siècles d’usage, comme la construction en terre crue.

Quand l'esthétique prend le pas sur l'usage

Zakaria pointe un déséquilibre : le poids donné à l’esthétique, aux finitions sophistiquées ou aux façades vitrées l’emporte parfois, de façon peu logique, sur le fonctionnement réel de l’ouvrage. Un immeuble vitré peut plaire, c’est une affaire de goût. Mais il doit aussi être évalué sur sa durabilité et sur ce qu’il fait vivre à ses occupants.

Le confort thermique devrait donc peser autant que le budget, les délais ou les finitions. Il agit directement sur le bien-être, la productivité et la santé, physique comme morale, de ceux qui habitent ou travaillent dans ces espaces. Et ce confort se joue sur les paramètres décrits plus haut, qu’il faut travailler bien avant de se poser la question de la climatisation.