Espaces verts et biodiversité : pourquoi végétaliser ne suffit pas

Dans bien des projets immobiliers, l’intégration de la biodiversité se traduit par un même geste : planter. Quelques arbres, du gazon, parfois des massifs décoratifs. Le résultat est vert, agréable à l’œil, et pourtant souvent pauvre en vivant.

Pour Carey Duncan, architecte paysagiste exerçant au Maroc, l’image la plus juste de ces aménagements est celle d’un « désert biologique vert » : un espace végétalisé qui ne nourrit ni n’abrite la faune locale. Le malentendu est fréquent. Il tient à une confusion entre deux choses qu’on assimile à tort : végétaliser et faire vivre.

Trois facteurs distinguent un espace vert qui héberge réellement la biodiversité d’un espace qui en a seulement l’apparence.

Le premier est le choix des essences. Les plantes importées des climats tropicaux ou tempérés, souvent privilégiées pour leur esthétique, demandent beaucoup d’eau et n’entretiennent aucun lien avec la faune locale. Les espèces indigènes, au contraire, ont coévolué avec les insectes, les oiseaux et les pollinisateurs du territoire. Elles offrent à ces derniers la nourriture et l’abri qu’aucune essence exotique ne peut leur fournir.

Le deuxième est le cortège qui accompagne chaque plante. Une plante ne vit jamais seule : elle s’inscrit dans un assemblage où le sol, les autres végétaux, les insectes, les micro-organismes interagissent. Planter un arbre isolé sur une pelouse rase, c’est ignorer cet assemblage. Un espace véritablement vivant superpose plusieurs niveaux de végétation 5arbres, arbustes, herbacées) et repose sur un sol lui-même vivant.

Le troisième est la continuité. Un îlot de biodiversité isolé au milieu d’un tissu minéral ou monocultural reste un cul-de-sac écologique : la faune n’y parvient pas, et celle qui s’y trouve ne peut pas en sortir. Penser la biodiversité d’un projet, c’est aussi penser ses liens avec le voisinage : corridors végétaux, haies, alignements continus.

Ces trois conditions tiennent moins à un budget supplémentaire qu’à une manière différente de concevoir, en amont, l’aménagement d’un site. C’est précisément ce déplacement de conception qui sépare un espace décoratif d’un véritable réservoir de vivant.