Global Status Report for Building and Construction 2025/26

Chaque année, le Programme des Nations Unies pour l’environnement publie, via l’Alliance mondiale pour le bâtiment et la construction (GlobalABC), un état des lieux du secteur du bâtiment à l’échelle mondiale. L’édition 2025-2026 porte un titre sans détour : Building fast. Falling short. Construire vite, mais rater sa trajectoire.

Dix ans après l’Accord de Paris, le constat est contrasté. Certains indicateurs progressent nettement : les certifications environnementales ont presque triplé dans le monde, l’intensité énergétique des bâtiments a reculé de 8,5%. D’autres restent à la traîne : les émissions opérationnelles du secteur ont augmenté de 6,5% sur la même période, et seuls deux pays au monde disposent aujourd’hui de codes du bâtiment alignés sur une trajectoire zéro émission.

Cet article reprend, indicateur par indicateur, les données de ce rapport pour comprendre où en est réellement le secteur, et ce qu’il reste à faire d’ici 2030.

Le Tracker : comment le rapport mesure les progrès du secteur

Depuis l’édition 2020 du rapport, l’ONU environnement suit chaque année les progrès du secteur à l’aide d’un outil dédié : le Global Buildings Climate Tracker. Il agrège sept indicateurs pour construire un indice composite unique, sur une échelle allant de 0 point en 2015 (année de l’Accord de Paris) à 100 points en 2050, ce qui correspondrait à un secteur du bâtiment totalement décarboné.

Les sept indicateurs suivis sont les suivants : les émissions opérationnelles des bâtiments, leur intensité énergétique, la part des énergies renouvelables dans leur consommation, la part des contributions climat nationales (CDN) intégrant une stratégie bâtiment étoffée, la part des codes du bâtiment alignés sur l’objectif zéro émission, la croissance cumulée des certifications environnementales, et l’investissement cumulé dans l’efficacité énergétique.

Le résultat pour 2024 est net : le secteur se situe à 2,8 points sur cette échelle, en recul par rapport aux 3 points de 2023. L’écart avec la trajectoire de référence dépasse 49 points, porté par la hausse continue des émissions opérationnelles : plus de surface bâtie, rénovations trop lentes, politiques encore favorables aux énergies fossiles.

trajectoire de référence du Global Buildings Climate Tracker
Trajectoire de référence du Buildings Climate Tracker. Source : UNEP, Global Status Report for Buildings and Construction 2025-2026. p.24

Le grand écart : où en est le secteur en 2024

Pris dans son ensemble, le secteur du bâtiment reste l’un des plus gros contributeurs aux émissions mondiales : 37% des émissions de CO2 mondiales en 2024. Les émissions opérationnelles ont augmenté de 6,5% depuis 2015, alors que la trajectoire de référence du Tracker impliquait une baisse continue sur la même période.

Sur les sept indicateurs suivis, un seul progresse plus vite que sa trajectoire de référence : la croissance des certifications environnementales.

Carbone incorporé : la partie la plus dure à mesurer

Le secteur du bâtiment n’est pas seulement le premier poste d’émissions opérationnelles. Il capte aussi près de 50% de l’extraction mondiale de matériaux, ce qui en fait le secteur à l’empreinte matérielle la plus lourde de l’économie.

Les émissions liées au ciment, à l’acier et à l’aluminium utilisés dans la construction représentaient 2,1 GtCO2 en 2024, soit 9% des émissions mondiales et environ 18% des émissions du secteur bâtiment. Ce chiffre n’a quasiment pas bougé depuis 2015, contrairement aux émissions opérationnelles, mieux mesurées et plus largement suivies.

Le Danemark fait figure d’exception : il a resserré en 2025 son plafond d’émissions incorporées pour les bâtiments neufs.

émissions liées au bâtiment 2015-2024, part carbone incorporé,
Émissions liées au bâtiment 2015-2024, part carbone incorporé. Source : UNEP, Global Status Report for Buildings and Construction 2025-2026. p.38

Énergie : une progression réelle mais qui cale

Le secteur du bâtiment a représenté 28% de la consommation énergétique mondiale en 2024, en hausse de 2 points sur un an. Depuis 2015, la surface bâtie mondiale a augmenté de 20%. Dans le même temps, la demande d’énergie des bâtiments n’a progressé que de 11%. Il s’agit d’un début de découplage entre construction et consommation.

Sur l’intensité énergétique, la baisse atteint 8,5% depuis 2015, contre 19% qui seraient nécessaires pour rester aligné avec l’objectif 2050. En 2024, l’indicateur est resté stable à 129 kWh/m², signe d’un ralentissement des gains d’efficacité.

Sur les renouvelables, la part dans l’énergie des bâtiments a progressé de 4,7 points depuis 2015, pour atteindre 17,3% en 2024. Il aurait fallu une hausse de 20 points sur la même période pour rester aligné avec l’objectif zéro émission 2050.

intensité énergétique, écart à la trajectoire
Intensité énergétique, écart à la trajectoire. Source : UNEP, Global Status Report for Buildings and Construction 2025-2026. p.46

Réglementation : la partie la plus en retard

Les codes du bâtiment couvrent environ 60% des nouvelles constructions dans le monde en 2025, avec de fortes disparités régionales. Seuls deux pays, le Canada et les Etats-Unis, disposent de codes alignés sur l’objectif zéro émission, et seulement à l’échelle volontaire. L’objectif fixé pour 2030 est d’atteindre l’ensemble des pays du G20 plus 75 autres pays ; l’alignement actuel n’est que de 2,2%.

En Afrique, seuls 20% des pays disposent de normes de construction, alors que le continent devrait concentrer une part importante de la construction mondiale d’ici 2050.

Huit gouvernements ont mis à jour ou adopté un nouveau code en 2025. Le Japon impose désormais des exigences d’isolation thermique à toutes les constructions neuves.

Un point touche directement au confort thermique : 69 pays imposent l’isolation de l’enveloppe et 58 encadrent le vitrage, mais seuls 19 imposent une protection solaire des façades, l’une des stratégies passives les plus efficaces contre la chaleur.

codes alignés zéro émission, écart à la trajectoire
Codes alignés zéro émission, écart à la trajectoire. Source : UNEP, Global Status Report for Buildings and Construction 2025-2026. p.69

Certification environnementale : l’indicateur qui avance plus vite que prévu

Son taux d’adoption a augmenté de 13,6 points depuis 2015, soit environ les deux tiers de la hausse nécessaire pour rester aligné avec l’objectif 2050. Il reste toutefois 6,1 points d’écart par rapport à la cible annuelle.

Le nombre de projets certifiés a continué de croître en 2024, et l’écart avec la trajectoire zéro émission s’est réduit pour la première fois. Le rapport l’attribue à une meilleure adaptation locale des référentiels, à des incitations financières et à une sensibilisation croissante du secteur.

Plus de 40 référentiels de certification existent dans le monde, dont LEED, BREEAM, EDGE et WELL. Le rapport n’en suit que 14, faute de données publiques suffisamment fiables et régulières sur les autres.

croissance cumulée des certifications, écart à la trajectoire
Croissance cumulée des certifications, écart à la trajectoire. Source : UNEP, Global Status Report for Buildings and Construction 2025-2026. p.76

Investissement : la mobilisation financière et son déficit

L’investissement annuel dans l’efficacité énergétique des bâtiments a atteint 275 milliards de dollars en 2024, en hausse de 3% sur un an et de 38% depuis 2015. En intégrant l’électrification, l’investissement total dans le secteur atteint 380 milliards de dollars pour la même année.

Sur l’ensemble de la période 2015-2024, 2 300 milliards de dollars ont été investis dans l’efficacité énergétique des bâtiments, soit moins des deux tiers des 3 600 milliards qui auraient été nécessaires sur cette même période. Un montant comparable, 3 600 milliards de dollars, reste à mobiliser d’ici 2030 pour rattraper le retard accumulé.

investissement cumulé, écart à la trajectoire
Investissement cumulé, écart à la trajectoire. Source : UNEP, Global Status Report for Buildings and Construction 2025-2026. p.81

Une gouvernance mondiale qui se structure

Depuis 2024, trois éléments structurent la mobilisation internationale sur le sujet. La Déclaration de Chaillot rassemble désormais plus de 60 gouvernements autour d’un engagement commun. Un organe de mise en œuvre a été créé, le Conseil Intergouvernemental pour le Bâtiment et le Climat (ICBC). Et l’Alliance mondiale pour le Bâtiment et la Construction (GlobalABC), qui héberge ce rapport, réunit 400 acteurs de la chaîne de valeur du secteur.

Au-delà de ces engagements, le rapport souligne qu’un nombre croissant de pays développent des feuilles de route nationales pour transformer leur secteur du bâtiment. Pour produire des réductions d’émissions mesurables, ces feuilles de route doivent s’accompagner d’un cadre réglementaire solide, d’un financement mobilisé, et d’un suivi renforcé des performances.

feuilles de route climat par pays
Feuilles de route climat par pays. Source : UNEP, Global Status Report for Buildings and Construction 2025-2026. p.91

On le constate aisément, l’écart n’est pas uniforme selon les instruments de la politique climatique. Là où la décision reste entre les mains du marché, à l’image des certifications environnementales, le secteur avance plus vite que sa propre trajectoire de référence. Là où elle dépend d’un processus politique, comme les codes du bâtiment ou les engagements climat nationaux, il prend au contraire le plus de retard.

Ce contraste invite à une lecture simple : attendre qu’une réglementation plus ambitieuse s’impose revient à ignorer le seul levier qui, à ce jour, produit déjà des résultats. Rien n’empêche d’avancer sur ce terrain avant que la loi ne l’exige.