La question paraît simple. Elle l’est rarement. La réussite écologique d’un projet ne se lit pas dans le nombre d’arbres plantés ni dans le rendu visuel d’un espace. Elle se lit dans le retour du vivant, et dans ce qui peut être réellement mesuré au fil des années.
Le signe le plus immédiat est aussi le plus émouvant : la faune qui revient. Carey Duncan, raconte un projet conduit en Mauritanie, en pleine montagne, où l’on plantait à même le sable. Le premier signe a été minuscule : un ver de terre. Puis sont venus les oiseaux, puis les reptiles. Les singes ont commencé à investir les lampadaires du site. Et parce qu’il y avait des singes, le renard du désert a suivi. Le tout en l’espace d’une année.
D’autres signes visibles confirment qu’un milieu s’installe : la présence de pollinisateurs indigènes, la qualité d’un sol qui cesse d’être une poussière inerte pour redevenir un substrat où des graines germent spontanément, la capacité de l’aménagement à se maintenir avec peu d’eau et peu d’entretien. Tous ces indices peuvent s’observer à l’œil nu, dès lors qu’on prend le temps de regarder.
Mais ces signes visibles ne disent pas tout. D’autres indicateurs, plus rigoureux, demanderaient une mesure dans la durée : l’activité biologique des sols comparée année après année, la baisse des températures sur le site, la capacité des sols à retenir l’eau et à recharger les nappes. Ces données existent, peuvent être suivies, et constitueraient une mesure objective de la performance écologique d’un projet. Elles sont pourtant rarement étudiées en amont, et plus rarement encore mesurées dans le temps.
Le vivant revient souvent plus vite qu’on ne le croit. Mais sans mesure, il reste un récit. Donner à la biodiversité un statut comparable à celui de la performance énergétique suppose d’en construire les indicateurs et de les inscrire dans les projets dès la conception.
