La biodiversité, une décision de conception

Le meilleur moment pour penser la biodiversité d’un projet, c’est la phase esquisse. Avant même que les premières plantes ne soient choisies, les décisions structurantes se prennent : où implanter le bâtiment sur le site, comment l’orienter, quels sols préserver ou remanier, quels axes du vivant laisser ouverts. Certaines de ces décisions ne se rattrapent pas. Une fois la fondation coulée, on ne déplace plus l’emprise. Une fois les terrassements achevés, on ne reconstitue pas un sol que des décennies de vie microbienne avaient construit.

Intégrée en amont, la biodiversité devient une composante du projet. Elle façonne l’implantation, oriente les choix techniques, dicte la gestion de l’eau et des continuités écologiques. Pensée trop tard dans le déroulé d’un projet, elle se réduit aux espaces que la conception aura laissés disponibles, souvent du gazon décoratif.

Cela vaut pour un projet en cours. Sur un site déjà bâti, en revanche, la perspective change : on peut y revenir, reprendre un aménagement, redonner sa place au vivant. Rien n’est jamais perdu. L’illustration la plus concrète, Carey Duncan, architecte paysagiste exerçant au Maroc depuis plus de trente ans, la donne à partir d’une rue qu’elle emprunte chaque matin à Rabat.

Ce principe se généralise au-delà d’une rue. Une cuvette d’arbre le long d’une chaussée, élargie de quelques mètres et semée d’essences autochtones, peut devenir le point de départ d’un corridor écologique. Une toiture, un parking, un délaissé urbain peuvent accueillir la vie pour peu qu’on y consacre un peu d’intention. Sur ce type de démarches, des villes comme Paris font figure de référence : elles multiplient les opérations qui transforment leurs interstices en refuges pour la faune et la flore.

Sur les projets neufs comme sur les sites déjà construits, la même logique s’applique. À l’esquisse, elle prévient ; sur l’existant, elle répare. Dans les deux cas, c’est en amont de la plantation que tout se joue.