Avec une façade maritime s’étendant sur plus de 3 500 kilomètres entre la Méditerranée et l’Atlantique, le Maroc dispose d’un patrimoine riche qui concentre aujourd’hui l’essentiel de son activité économique, de ses infrastructures portuaires et de son potentiel touristique. Longtemps perçu comme une simple ressource d’exploitation, le littoral est devenu, sous l’impulsion de la Vision Royale, un pilier central de la souveraineté économique et un laboratoire de la résilience territoriale.
L’accélération des pressions climatiques et humaines impose désormais d’articuler efficacement l’expansion des infrastructures avec une protection rigoureuse des écosystèmes pour garantir la résilience durable du littoral.
Le littoral représente une proportion importante du territoire national. En effet, sur la base du découpage administratif en vigueur, le Maroc compte 9 régions littorales sur les douze régions que compte le pays, ainsi que 42 préfectures ou provinces littorales auxquelles appartiennent 183 communes côtières.
Un cadre législatif et stratégique pour une gestion intégrée
La gestion du littoral marocain a connu un tournant majeur avec la promulgation de la loi n° 81-12 relative au littoral en 2015. Ce texte fondateur rompt avec les approches segmentées du passé pour imposer le principe de la Gestion Intégrée des Zones Côtières (GIZC).
Cette loi établit des règles strictes pour protéger les écosystèmes fragiles. Elle interdit notamment les constructions dans une bande de 100 mètres à partir du rivage (bande de recul) et impose le respect de la géomorphologie côtière. L’objectif est de préserver l’équilibre des milieux naturels tout en garantissant le libre accès du public au rivage, un droit désormais inscrit dans le marbre législatif.
Pour rendre cette loi opérationnelle, le Plan National du Littoral (PNL) fixe des orientations stratégiques claires : harmoniser les projets de développement, réduire les sources de pollution et renforcer la résilience des infrastructures face aux aléas climatiques.
Ce cadre stratégique incite les collectivités territoriales à coordonner leurs plans d’aménagement avec les impératifs de conservation, transformant le littoral en un espace partagé, protégé et valorisé.
L’urgence climatique : érosion et vulnérabilité des infrastructures
Le littoral marocain est en première ligne face au dérèglement climatique. Les projections de l’Institut Royal des Études Stratégiques (IRES) et du GIEC soulignent que la montée du niveau de la mer et l’intensification des tempêtes menacent directement la valeur économique et écologique de nos côtes.
Le défi de l’érosion côtière
L’érosion n’est plus un risque lointain, mais une réalité qui se manifeste fortement du côté de la Méditerranée orientale, dont le trait de côte recule de façon alarmante. Ce phénomène est aggravé par l’urbanisation massive du front de mer qui empêche le recul naturel des plages et fragilise les cordons dunaires. Parmi les défis liés aux enjeux de construction que doit relever le pays, deux risques concrets sont observés :
- Un risque immobilier : d’ici 2028, on estime que près de 1 000 bâtiments, résidentiels et commerciaux, pourraient être directement impactés par le recul du trait de côte, représentant une valeur de plusieurs millions d’euros menacée par la submersion et l’érosion.
- Un risque pour les infrastructures portuaires : la montée des eaux altère les conditions d’exploitation des ports, rendant l’accostage et le déchargement plus complexes, ce qui impose une révision profonde de la conception de nos digues et brise-lames.
Intrusion saline et ressources en eau
Au-delà de l’impact physique sur le bâti, la montée du niveau marin provoque une intrusion d’eau salée dans les aquifères côtiers. Cette salinisation dégrade la qualité des eaux souterraines nécessaires à l’agriculture et à la consommation humaine, particulièrement dans les zones déjà soumises au stress hydrique.
L’Économie Bleue : moteur de la souveraineté maritime
Face à ces risques, le Maroc mise sur l’économie bleue comme nouveau levier de croissance inclusive. Ce concept biomimétique s’inspire de la nature pour créer de la richesse tout en visant un objectif « zéro déchet » par l’innovation technologique. Le développement de l’économie bleue s’appuie sur plusieurs piliers stratégiques identifiés par le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) :
- les énergies marines renouvelables : le littoral marocain offre un potentiel considérable pour l’éolien offshore et l’énergie houlomotrice, capables de renforcer l’autonomie énergétique du pays.
- le tourisme responsable et l’écotourisme : passer d’un tourisme de masse balnéaire à une offre valorisant le patrimoine culturel et la biodiversité marine.
- la biotechnologie marines et l’aquaculture : de nouvelles filières qui créent des emplois qualifiés pour les jeunes tout en réduisant la pression sur les ressources halieutiques sauvages.
Cette dynamique permet d’ouvrir des ambitions globales pour le Maroc, le positionnant comme un hub régional capable d’attirer des investissements durables et de renforcer sa souveraineté maritime en Afrique et en Méditerranée.
Vers des infrastructures résilientes et des solutions fondées sur la nature
Pour protéger durablement le littoral, l’ingénierie classique doit désormais composer avec les Solutions fondées sur la Nature (SfN). Contrairement aux digues rigides qui peuvent parfois aggraver l’érosion voisine, les SfN utilisent les écosystèmes comme des protections naturelles.
Restaurer pour protéger
Le Maroc privilégie désormais l’ingénierie écologique aux digues de béton traditionnelles, souvent inefficaces face au recul du trait de côte. La réhabilitation des cordons dunaires et des zones humides crée des boucliers naturels capables d’absorber l’énergie des tempêtes et de s’adapter à la montée des eaux. Ces infrastructures « vertes » protègent durablement le bâti littoral tout en agissant comme des puits de carbone essentiels.
À Tanger, des projets pilotes explorent déjà l’intégration de ces solutions dans la gestion des zones côtières pour soutenir à la fois la biodiversité et la sécurité alimentaire et hydrique.
Le verdissement des ports
La transition vers des « Green Ports » est un levier de compétitivité majeur pour le Royaume. À Tanger Med, cela se traduit par l’électrification des quais (Onshore Power Supply), permettant aux navires de réduire leurs émissions à l’arrêt, et par une gestion circulaire des ressources portuaires.
Cette transition vers des « ports verts » protège la biodiversité marine tout en ancrant la souveraineté maritime marocaine dans les standards environnementaux mondiaux.
Ces initiatives s’inscrivent dans la frise des Solutions fondées sur la Nature (SfN) promue par l’AESVT Maroc. En reliant la préservation des milieux à la modernisation des infrastructures, le Maroc adopte une approche systémique.
Le littoral marocain est à la fois notre plus grand atout et notre espace le plus vulnérable. Réussir la transition vers une économie maritime durable suppose d’accepter un changement de paradigme : la protection écologique n’est plus un frein au développement, mais sa condition de survie.
En appliquant rigoureusement les principes de la loi 81-12 et en investissant dans des infrastructures résilientes, le Royaume trace la voie d’un aménagement qui respecte l’équilibre des générations futures.
