Face à la chaleur, deux familles de réponses existent. L’approche active repose sur des équipements qui consomment de l’énergie, principalement de l’électricité : climatiseurs, ventilateurs. L’approche passive quant à elle, mobilise la conception elle-même : orientation, compacité, ventilation naturelle, couleur des parois, hauteur sous plafond. Ces leviers, on les retrouve dans les bâtiments anciens. Ils se font plus rares dans les constructions récentes, où l’optimisation des surfaces prend souvent le dessus.
Pour Zakaria Sadik, l’ordre de priorité ne fait pas débat : le passif d’abord, l’actif ensuite. Et ce, pour des raisons très concrètes.
Une question de coût global
Le premier argument est économique. Une orientation bien pensée, des ouvertures bien placées, une ventilation naturelle efficace : ces choix sont faits une fois, à la conception, et restent en place toute la durée de vie du bâtiment, sans presque rien demander en entretien. Un climatiseur ou un ventilateur, à l’inverse, a une durée de vie limitée. Il faut l’entretenir, le remplacer, et il consomme de l’électricité tant qu’il fonctionne. Sur l’ensemble de la vie de l’ouvrage, son coût d’exploitation pèse bien plus lourd.
Une chaleur qui revient toujours
Le deuxième argument est physique. Tout équipement électrique dissipe une partie de l’énergie qu’il consomme sous forme de chaleur : il suffit de poser la main sur un moteur, une lampe ou un climatiseur en marche pour s’en rendre compte.
Surtout, un climatiseur ne fait pas disparaître la chaleur, il la déplace.
La climatisation pompe la chaleur de l'intérieur et la jette à l'extérieur. Mais si le bâtiment n'est pas bien conçu, pas bien isolé, cette chaleur revient. C'est comme être dans un bateau qui prend l'eau : on vide, mais elle continue à entrer.
Zakaria SADIK, Directeur Général ALTO EKO
La voiture en offre une illustration quotidienne : peu isolée, surtout lorsqu’elle est de couleur sombre, elle se réchauffe dès que la climatisation s’arrête. Une bonne isolation et une bonne étanchéité ne sont donc pas des options à côté de la climatisation, elles conditionnent son efficacité.
Peut-on se passer totalement de l'actif ?
C’est possible, selon Zakaria, mais cela dépend de l’effort consenti et d’une certaine acceptation. Beaucoup recherchent 20°C à l’intérieur quand il en fait 40 dehors, un écart qui expose à un choc thermique. Pour lui, une température intérieure autour de 30°C reste supportable pour qui y est habitué : c’est une question d’adaptation, et les populations des régions arides du sud du pays vivent avec des températures bien plus élevées. Une personne habituée à des climats plus froids aura en revanche plus de mal.
C’est là que l’actif trouve sa place, en complément. Il en va de même dans les bâtiments sensibles comme les hôpitaux, où l’enjeu sanitaire passe avant les économies d’énergie. Mais même dans ce cas, un travail approfondi sur le passif réduit le recours à la climatisation au strict nécessaire, ou le limite aux périodes de chaleur les plus intenses.
La sobriété commence par la conception
Donner la priorité au passif, c’est précisément ce que recouvre la sobriété énergétique : le kilowattheure le plus économique reste celui qu’on ne consomme pas. Acheter un climatiseur au premier pic de chaleur n’est pas une réponse durable. Concevoir un bâtiment qui en a le moins besoin possible en est une.
